Pour un Internet libre et émancipateur PDF Imprimer Envoyer
politique - écologie - économie
Écrit par Michael   
Vendredi, 19 Août 2011 11:49

Voici un article écrit pour le journal Alter Echos dans un cahier consacré aux biens communs. 
Voir aussi le site d'Alters Echos.

 

Qu'est-ce qu'Internet ? Ou plutôt, qu'est internet pour la partie minoritaire du genre humain qui y a accès ? Quelle finalité lui donne-t-on ? Internet est devenu un espace de communication, de propagande, de publicité, de marketing, de business quasi-mondialement accessible. Mais pendant cette marche immatérielle de la mondialisation financière dont on connaît les conséquences, d'autres hommes, d'autres femmes, utilisent cet outil pour ce qu'il est : un système d'échange d'informations où règne la gratuité et le partage de connaissances.

Des sites personnels, passionnés, aux médias alternatifs, engagés, des espaces d'une solidarité nouvelle existent aujourd'hui. Tous ne sont pas des sites engagés, la plupart se contentent d'être simples, mais, de par leur nature non-marchande, participent sans le savoir à une bataille d'ampleur considérable pour l'avenir de l'humanité : une bataille de valeurs entre les tenants d'un capitalisme débridé qui cherchent à marchandiser ce que d'autres considèrent comme biens communs : eau, énergie, santé, éducation, et, en ce qui nous concerne, Internet (donc l'information), et ceux pour qui le profit n'est pas une finalité et qui pensent qu'un autre monde est possible.

 

« Aujourd'hui, des individus dans le monde entier utilisent Internet pour apprendre, travailler, communiquer, se divertir, faire des affaires, accéder à la culture, améliorer leur existence. Internet et les technologies numériques améliorent la façon dont nous accédons et partageons la connaissance de façon plus radicale encore que la presse à imprimer autour de 1440. Et comme avec l'imprimerie, un meilleur accès à la connaissance permet à nos libertés fondamentales de s'exercer en vue d'améliorer la société. » (Jeremie Zimmermann, La Quadrature du Net)

 

Ainsi, face à un changement progressif de paradigme vers une organisation horizontale des rapports sociaux sur Internet, nos gouvernements ont entrepris depuis quelques années plusieurs travaux juridiques. Que ce soit dans le domaine des droits d'auteurs (HADOPI en France, Digital Economy Bill en Angleterre), ou dans celui de la protection des mineurs (LOPPSI), ces différents systèmes répressifs ont en commun de porter atteinte aux libertés fondamentales, notamment la liberté de communication, le droit à un procès équitable et le respect de la vie privée. En Europe, c'est l'association « La Quadrature du Net » qui mène la bataille d'information pour alerter les citoyens sur l'atteinte au principe de neutralité du Net.

 

« Cette guerre de l'accès a été menée à l'échelle nationale, mais également européenne, et désormais à l'échelle mondiale avec l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) en cours de négociation. »(Jeremie Zimmermann)


L'ACTA, traité commercial anti-contrefaçon, négocié en secret, pourrait en effet transformer les opérateurs d'Internet en police privée du copyright, imposer des sanctions dures et injustes aux utilisateurs, nuire à l'accès aux médicaments et aux savoirs essentiels dans les pays pauvres, freiner l'innovation et établir une nouvelle gouvernance anti-démocratique contournant les parlements.

 

Après plus de deux ans d'opaque élaboration, les négociateurs de l'ACTA ont fini par céder sous la pression des ONG et des citoyens de par le monde. Le Parlement européen, ainsi que plusieurs institutions et groupes d'entreprises se sont opposés au processus de négociation ainsi qu'aux conséquences potentiellement désastreuses de cet accord multilatéral impossible à amender.

«De même que l'imprimerie a remis en cause la position dominante que les moines copistes occupaient dans la société, le pouvoir de pans entiers d'industries devrait normalement être diminué, à mesure que le Net pénètre tout. » (Jeremie Zimmermann)

André Gorz, journaliste, philosophe et pionnier de l'écologie politique, affirme dans un de ses derniers textes que la sortie du capitalisme à déjà commencé. « On trouve les explorateurs et éclaireurs de cette voie dans le mouvement des logiciels libres, du réseau libre (Freenet), de la culture libre qui, avec la licence CC (Créative Commons) rend libre de l'ensemble des biens culturels – connaissances, logiciels, textes, musique, films, etc. »

« Il s'agit probablement d'une des batailles les plus importantes que nous – citoyens du monde – devons mener aujourd'hui, avec les fronts environnementaux, économiques et sociaux. Nos ancêtres se sont battus pour leurs libertés afin d'améliorer leurs sociétés, c'est désormais à notre tour de nous battre pour la liberté d'accéder à un Internet libre. » (Jeremie Zimmermann)

Face à la perte de légitimité du système et son impasse écologique et sociale, nous approchons d'un point de rupture entre deux imaginaires antagonistes : celui de la propriété privée qui domine depuis plusieurs siècles et qui n'a d'autre issue que l'autoritarisme pour se maintenir et celui du partage, du pluralisme, et de la gratuité qui peine à s'installer et à se traduire politiquement.

Michael

 
Joomla templates by a4joomla