Le larsen PDF Imprimer Envoyer
culture cinéma
Écrit par Alem   
Jeudi, 28 Avril 2011 23:39

J’ai remarqué que dans le cinéma américain (et ce depuis l’avènement du sonore, à mon avis), lorsque des protagonistes saisissent un micro pour parler ou pour chanter sur une scène ou dans une assemblée quelconque, ce geste s’accompagne à 99% des cas par un (plus ou moins léger) effet larsen. Ça devient tellement la règle que j’attends le larsen avec impatience dès que j’aperçois un micro dans le champ qui ne demande qu’à être saisi. C’est comme un réflexe pavlovien. Le problème, c’est que quiconque a l’expérience de la scène sait qu’il n’y a aucune raison objective qu’un larsen se fasse entendre dès qu’on saisit un micro, à moins que celui-ci soit placé devant un haut-parleur (baffle sur les côtés, ou retour « bain de pied »…), ce qui est rarissime, ou bien carrément volontaire pour produire cet effet. On peut en déduire plusieurs choses :
1/ le passage sémantique d’un univers à un autre : le son propre du film est perturbé soudainement par un larsen qui annonce un tout autre son : celui qui passe par une sono. Et effectivement le son qui suit immédiatement le larsen n’a rien à voir avec le reste du film, il est enrobé dans la plupart des cas d’une puissante réverb, ou par d’autres effets.
2/ Ne faudrait-il pas chercher du côté d’un « complexe d’infériorité (ou de supériorité, c’est la même chose) technologique » présent dans la culture américaine, qui dévoilerait une certaine culpabilité du « moindre niveau technique » : par exemple une manière de dire « nous avons certes les meilleurs studios et la meilleure technologie du monde (pour ce qui est du cinéma), mais en revanche nous avons conservé une certaine vétusté dans la pratique scénique… Et c’est ce contraste qui serait exploité comme un ressort narratif, et qui se révèle si criant (c’est le mot, en fait) dans ces films… ?
Or cette manie gagne également ce côté-ci de l’Atlantique ! Depuis peu (les années 2000) même les films français ont leur larsen accompagnant la prise de micro. C’est sûrement intéressant une ou deux fois ; au-delà, ça devient lassant. J’affirme qu’il s’agit dans ce cas d’un effet de mode et rien d’autre. On attend du cinéma français qu’il soit autre chose que suiviste.

Alem

 
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